Perfin et Firmchop -Siège de Huningue - Eugène LACAQUE -

BICENTENNAIRE DU DERNIER SIÈGE À HUNINGUE 1815-2015

Huningue apparaît tout à coup, si mal connue et si illustre ! Sa résistance, en 1815, est un des faits d’armes dont l’histoire garde, pour ainsi dire, l’éblouissement attendri.

Comme Neuf-Brisach, cette ville est une création du XVIIe français. Avant la réunion de l’Alsace à la France, Huningue n’était qu’un village. En 1679, Vauban bâtit la ville tout près du village, qui s’effaça. Comme à Neuf-Brisach, les habitations furent construites dans le goût local le plus pur. Un pont fut jeté sur le Rhin ; une redoute fut édifiée pour protéger le pont. Après maintes alternatives, les fortifications s’achevèrent pendant la Révolution.

En 1815, Huningue avait pour commandant de place le général Barbanègre, et pour garnison cent artilleurs, trente fantassins, cinq gendarmes. Quarante retraités se joignirent aux combattants.

Les plus grandes difficultés semblaient s’opposer à ce que cette place fut défendue : l’insuffisance des moyens, en matériel, en approvisionnements et surtout en personnel, le mauvais état des ouvrages, la destruction des retranchements de l’autre côté du Rhin, et le défaut d’argent, n’étaient pas les moindre obstacles que le général Barbanègre devait rencontrer. La population aida la garnison de toutes ses forces, de toute son âme. Elle partagea travaux, dangers, privations.

L’armée assiégeante comptait trente mille hommes. L’archiduc Jean, qui la commandait, fit annoncer le 25 juin la défaite de Waterloo et l’abdication de Napoléon. « Sont-ce des raisons pour que Huningue se rende ? ». Le lendemain, les Autrichiens et les Suisses attaquèrent l’avant-garde de l’armée du Jura qui fit retraite.

Les Suisses , que tant de motifs auraient dû attacher à la France, non contents de s’être déclarés ses ennemis, eurent la lâcheté, quand ils virent qu’ils n’avaient plus à redouter l’armée française, de venir ravager nos campagnes, ils se précipitèrent par torrents sur nos villages qu’ils incendièrent après les avoir pillés. Les habitants de Bâle, enchérissant sur les soldats, parcoururent les campagnes avec des chariots, et enlevèrent aux malheureux Français ce que les militaires n’avaient pu emporter, ou ce qui n’avait pas été la proie des flammes. Indigné de tant d’atrocités, le général Barbanègre en demanda satisfaction ; refusé avec hauteur par les autorités du canton, il fit bombarder Bâle ; ce qui révéla la faiblesse de la forteresse : le plupart des bombes chargées depuis longtemps n’éclataient pas ou faisaient explosion en l’air.

Le commandant en chef de l’armée alliée, ne pouvant rien obtenir par la ruse, convertit alors le blocus en siège. La tranchée fut ouverte le 14 août. Le 19 août, accablée de projectiles par cent seize pièces de canon, la ville n’était plus en quelques heures qu’un monceau de ruines et de cendres. Cependant, la garnison fit ses conditions : elle obtint les honneurs de la guerre et le droit de rejoindre l’armée de la Loire.


gravure d'Edourd Detaille

À la nouvelle qu’Huningue venait enfin d’ouvrir ses portes, on accourut de tous les points de la Suisse, et même d’une partie du grand-duché de Bade pour voir défiler cette garnison héroïque ; le prince impérial Jean d’Autriche et beaucoup d’autres personnes illustres se faisaient remarquer par leur présence. Le pont-levis s’abaissa. Le 28 août 1815, la garnison parut. Elle était réduite à cinquante hommes. Ces cinquante hommes, qui avaient résisté à trente mille, défilèrent tambour battant, sous la conduite du général Barbanègre. On apprit bientôt que c’était là toute la troupe, les spectateurs éclatèrent en applaudissements, en clameurs. L’archiduc Jean s’avança pour serrer Barbanègre dans ses bras. – « N’approchez pas, dit Barbanègre, j’ai des poux. »